Chapitre 4

Chapitre 4 : Où l'on retrouve le vizir Arkham. Où l'on est pris au piège dans l'antre des vendus.

 



Hassan essaya de remonter le col de son manteau de coton pour se donner l'illusion d'avoir plus chaud: peine perdue. Son corps immergé dans une eau aussi putride que glaciale jusqu'à la taille refusait de se laisser berner aussi facilement. Le jeune homme essaya de percer l'obscurité en scrutant les ténèbres avec intensité. Ses efforts ne furent pas couronnés de succés. Il ferma ses yeux douloureux, tenta de réprimer les frissons qui parcouraient son corps et s'efforça d'empêcher ses dents de claquer. C'était fini. Il allait mourir ici. Un détail cependant le chiffonnait: qui était cet homme qui lui souriait tristement avant qu'il ne tombe dans le vide? Il lui avait pourtant semblé familier... Qu'avait-il oublié? Une terrible migraine s'abattit sur son crâne et il recula légèrement pour prendre appui sur les parois de pierres glacées.

A ce moment, il sentit une corde frotter contre son visage. Le jeune homme resta interdit. Elle n'était pas là, avant. Il en était persuadé. Alors quelqu'un venait peut-être à son secours?

Il tenta de réfréner la bouffée d'espoir qui venait de gonfler sa poitrine. Jusqu'à présent, il avait toujours été déçu. Un danger quelconque l'attendait en haut du puits. Il en était sûr.

"Et la mort t'attend en bas, murmura t-il. Vous parlez d'un choix..."

Il attrappa la corde et entreprit de grimper. Peu habitué aux efforts physiques, il dut s'arrêter à de nombreuses reprises afin de souffler. Enfin, après plus d'un quart d'heure, il arriva en haut et prit appui sur la margelle du puits. Une lumière tremblotante émanant d'une lanterne vétuste remplissait la petite cellule. Près de la margelle se tenait le vizir.

Hassan aurait voulu lui conter ses malheurs, se persuader que son fidèle ami n'avait jamais été rien d'autre que son ange gardien... Que Kassim était un misérable criminel qui avait menti pour le brouiller avec son meilleur ami... Mais il se rendit vite à l'évidence : l'homme qui était devant lui, l'air froid et fermé n'avait rien du percepteur doux et patient de ses jeunes années: c'était un ennemi implacable.

"Vous êtes robuste, constata le vizir. Peu aurait survécu à une telle chute.

-Désolé. Je ferai mieux la prochaine fois, lâcha sèchement le jeune homme.

-Je vois que Kassim vous a parlé de notre accord... » remarqua sobrement le vizir.

Le coeur du jeune sultan se serra : ses dernières illusions venaient de partir en fumée.

«La reine des djinns n'admettra pas que vous me fassiez du mal ! S'écria le jeune homme, effrayé.

-C'est exact...Elle a la faiblesse de tenir à la santé de votre petite famille...Je ne vous tuerai donc pas... Je vais même vous offrir un long voyage avec mon ami Al Mimoun... »

Le jeune homme sursauta, horrifié:

« Cet esclavagiste? Mais ce criminel devait être exécuté! »

Le vizir eut un air faussement , apitoyé:

« Il est possible que je me sois laissé attendrir par la détresse de ce malheureux...Et puis il est le dernier lien commercial que nous ayons avec les arianides...Mais il me doit un service...

-Vous n'avez pas le droit de faire ça! » S'écria le jeune monarque, affolé.

Le visage du vizir se durcit et il eut un sourire féroce:

« J'ai tous les droits, petit prince... Demain, vous serez en route avec les autres pour la capitale du royaume arianide... Là-bas, nul ne vous connaît...Nul doute qu'Al Mimoun obtiendra un bon prix de votre royale personne... ».

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L'air chaud s'élevant des dunes faisait mille volutes vacillantes. La réverbération du soleil sur le sable fin était si forte qu'il était douloureusement impossible de garder les yeux ouverts. Hassan lutta pour ne pas perdre l'équilibre, entraîné par le vieil homme auquel il était enchaîné, qui venait de s'effondrer près de lui.

Hassan secoua la tête: comment en était-il arrivé là? Moins de six mois auparavant, il interdisait que des miséreux pénètrent dans la palais...Et voilà qu'il n'était pas loin d'en être un.

« Ne te voile pas la face, lui souffla une petite voix intérieure. Tu vas être vendu sur un marché comme un chameau, tu es moins qu'un miséreux. »

Cette pensée acheva de le démoraliser. Le vieil homme près de lui venait de se relever, vigoureusement « aidé » par les coups de fouet d'un des hommes de Mimoun, juché sur un dromadaire.

Un colosse à la peau sombre, enchaîné derrière Hassan, poussa un soupir rauque et désespéré:

« C'est horrible, cette chaleur...Comment fais-tu pour supporter un truc pareil? Demanda t-il au jeune monarque en jetant un coup d'oeil incrédule à son épaisse tunique de laine.

L'interessé ne transpirait même pas.

« J'ai toujours été frileux, » déclara t-il en haussant les épaules.

Ses pensées le menèrent par anticipation en territoire ennemi. Qu'y ferait-il? Qui allait l'acheter? Pourrait-il s'évader? Et si oui, comment? Et puis le fait de passer en territoire inconnu lui permettrait peut-être d'en savoir plus sur ce mystérieux jeu?

Près de lui, son compagnon à la peau sombre poussa un grognement :

« Bon sang, on n'arrivera donc jamais?

-Espérons que si, répondit le vieillard devant Hassan. Avec la présence du Lion Rouge dans les parages, ce n'est pas gagné. On dit qu'il ne laisse aucun survivant...

-Vraiment? Demanda Hassan, peu rassuré.

-Oui, répondit le vieillard. On raconte qu'il a été un jour trahi par son meilleur ami, qui n'était autre qu'un marchand à qui il avait autrefois laissé la vie sauve. Depuis, il tue tous ceux qui ont le malheur de tomber entre ses griffes. 

-Assez parlé! Ordonna le cavalier d'une voix rogue en faisant claquer son fouet. Taisez-vous, à présent. »

Le jeune monarque obtempéra et regarda, découragé, l'immensité sableuse sur laquelle serpentait l'interminable convoi des esclaves.

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La nuit était glaciale. Les esclaves tentaient tant bien que mal de se serrer les uns aux autres pour obtenir un peu de chaleur. Hassan, lui, s'y refusait. Ce contact lui répugnait au plus haut point. Il était un esclave, soit, pas un animal prêt à se coller à n'importe qui. Il se recroquevilla sur lui-même afin de se réchauffer, sans succès. Le froid le tétanisait. Jamais il ne s'était senti aussi mal. Au palais, sa chambre était toujours chauffée, nuit et jour... Un pincement au coeur lui apprit qu'il ne s'était toujours pas fait à sa nouvelle condition. Réfléchir à autre chose...Oublier le froid... Il allait arriver à Arian...Peut-être connaîtraient-ils ce jeu, là-bas... Ce vagabond pouvait bien en venir ...Peut-être même avait-il été envoyé par Sharyar, le roi Arian...Celui-ci n'aurait reculé devant aucune traîtrise pour se débarasser d'un ennemi ancestral...Encore que si ce vagabond ne lui avait pas volé son royaume, il aurait été tué par son meilleur ami... Hassan sentit les larmes lui piquer les yeux: sa vie était vraiment un râtage total...

"Toi aussi tu as froid?"

Hassan leva les yeux en essayant de les garder assez ouverts afin d'empêcher ses larmes de couler.

"Non, ça va, merci", répondit-il plus sèchement qu'il ne l'aurait voulu à la jeune fille qui venait de lui poser cette question.

Celle-ci paraissait de basse extraction, ses longs cheveux bruns formant une masse sombre embrousaillée autour d'unvisage à l'ovale parfait maculé de sable. Seul le regard bleu vert, pénétrant et d'une exceptionnelle gravité captait l'attention.Hassan se souvint avoir entrevu sa silhouette menue vaciller sous les coupsde fouets quelques mètres derrière lui, tout au long de la journée. Vêtue de haillons, menue mais admirablement proportionnée, la demoiselle ne paraissait pas avoir plus de vingt ans. Pétrifiée de froid, elle grelottait.

Hassan lui en voulut un peu de l'avoir sorti de sa rêverie: la regarder le frigorifiait plus encore. Il ferma les yeux. On lui avait dit que le froid, la nuit était mordant mais il n'aurait jamais imaginé que ce fut à ce point.

"D'où viens-tu? lui demanda la jeune fille.

 

 

-Du darshaï...Et toi?

-D'ici...Le convoi a croisé ma route il y a quelques semaines dans ce désert...Et j'ai dû les suivre...Cela tombe mal...J'ai horreur de marcher."

Hassan ne put s'empêcher de sourire: que la marche à pied, dans leur situation fut la seule chose qui la dérange lui paraissait surréaliste.

"Je m'appelle Idriss...dit la jeune fille. Et toi?

-Hassan.

 

 

-Hassan comment?

-Hassan tout court."

Idriss eut l'air étonné:

"Vous n'avez pas d'autre appellation au Darshaï? Le nom de votre tribu?

-Vous n'en portez pas non plus dans ce désert", apparemment, rétorqua le jeune monarque.

La jeune fille hocha la tête, frappée par l'argument.

"Mais...réalisa t-il soudain, tu m'as dit vivre ici...

-C'est vrai, approuva Idriss.

-Et tu crains autant le froid de la nuit? Tu devrais y être habituée...

-Je ne sors pas souvent la nuit...Pas comme ça...Je suis mieux protégée..."

Hassan ne dit plus rien. Evidemment, les esclavagistes vous laissent rarement rentrer chez vous pour y reprendre une petite laine pour la nuit.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La jeune fille ferma les yeux et piqua du nez. Hassan sentait aussi le froid l'engourdir.

Autour d'eux, les autres semblaient s'être faits au froid, serrés les uns aux autres et s'étaient endormis...Mais le jeune monarque eut la sensation qu'il mourrait de froid s'il en faisait autant...Et, apparemment, Idriss était dans son cas. Il lui prit la main ce qui lui fit une drôle d'impression car c'était la première fois qu'il effleurait un autre être humain de sa vie. Elle était glacée. Il soupira et se décida à l'impensable: déboutonnant son manteau, il la tira doucement contre lui. Idriss, pétrifiée, ne réagit pas tout de suite puis se serra contre cette source de chaleur improvisée.

Le jeune monarque se sentit soudain mieux, envahi par une douce tiédeur qui émanait de la jeune fille et il oublia un instant sa situation avantde plonger, inexplicablement rassuré, dans le sommeil.

 

 

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Dernière mise à jour de cette page le 13/02/2008

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